mai
24
2012

Les grandes idées sur l’investissement en actions sont-elles encore valables ?

Votre avis compte pour moi :

Depuis une dizaine d’années, M. le Marché n’en fait qu’à sa tête. Pis, le rendement des investissements dits de long terme semble s’éroder progressivement. Il est devenu urgent de se (re)poser les bonnes questions.

Il ne faut pas être cardiaque pour investir en bourse aujourd’hui. Depuis le mois d’Août 2011, le Dow Jones industrials – le plus vieil indice de la bourse de New York (et du monde) – a subi des variations journalières de 160 points  en moyenne. Un record. Bien sûr, vous avez fait vos devoirs et vous savez que vous ne devez pas céder à la panique. Vous tenez bon car sur le long terme, les actions sont gagnantes et en plus vous empochez vos dividendes annuels pourvu que vous ayez une optique d’investissement « value ». Oui mais voilà après un crack, un long marché haussier, un autre crack et une nouvelle hausse rapide, les marchés financiers ont finalement retrouvé des niveaux qu’on pensait dépassés depuis longtemps. Le S&P 500 a par exemple retrouvé ses niveaux de 1999.

Dans ces conditions, il parait très difficile de se faire une idée de l’évolution des marchés. Il devient même légitime de s’interroger : faut-il vraiment toujours suivre cette bonne vieille stratégie du « buy-and-hold » ? Dans le cas contraire, que faire de son portefeuille ?

OUI, LES MARCHES ACTIONS SONT PLUS VOLATILES, mais ce n’est pas forcément une mauvaise chose

A l’heure actuelle, les marchés financiers réagissent moins aux profits annoncés par les entreprises qu’aux difficultés éprouvées par les pays occidentaux dans la gestion de la dette publique. Le comportement des traders est prévisible : lorsqu’un progrès semble être possible, ils passent à l’achat. Lorsqu’une solution peine à se matérialiser, ils passent leurs ordres de vente. Voyez cela comme une sorte de réflexe pavlovien. Et pour le moment, ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Fort heureusement, cette volatilité extrême ne vous affecte (financièrement) pas vraiment. Elle affecte davantage les investisseurs institutionnels dont les tactiques d’investissement sont principalement basées sur le (très) court terme. Au contraire, sachez conserver des liquidités pour profiter des opportunités qui se présenteront en cas de nouveau plongeon des bourses mondiales. Comme le dit Robert Kiyosaki : « Lorsque la panique règne sur les marchés, l’investisseur intelligent sait comment en tirer profit ».

LA STRATEGIE DU « BUY-AND-HOLD » EST LA PIRE FORME D’INVESTISSEMENT, sauf si on la compare aux autres stratégies

Ce que Churchill disait à propos de l’autonomie est tout aussi vrai au sujet de l’investissement. Oui, la stratégie du « buy-and-hold » vous expose à des variations de cours parfois extrêmes et potentiellement à de longues périodes de performance médiocre voire nulle. Le problème, c’est que les alternatives sont pires. Si vous cherchez la preuve de ce que j’avance, faites un tour du côté des statistiques de performance des fonds de gestion. Sur les 3 dernières années, alors que les gérants de fonds américains préconisaient le stock-picking et le market-timing, plus de 70% de ces derniers faisaient moins bien que leur indice de référence, le S&P 500. Les chiffres sont également éloquents en ce qui concerne les autres indices puisque 63% des gérants de fonds « small-cap » et 75% des gérants de fonds « mid-cap » ont sous-performé leurs indices de référence.

Si vous souhaitez tout de même tenter votre chance du côté du tiers de gérants qui font mieux que le marché, fuyez néanmoins les plus actifs d’entre-eux. En bourse, il est de bon ton d’avoir des convictions et de s’y tenir. Feriez-vous confiance à quelqu’un qui vous dit tout et son contraire ? Avec les gérants de fonds, c’est la même chose. Ils s’expriment par leur stratégie d’investissement. Si le vôtre ajuste son portefeuille de valeurs en permanence, il est peut être temps de vous interroger sur ses compétences.

Pour vous donner une indication claire, gardez à l’esprit un ratio de 2/3 : faites votre choix de gérant parmi ceux qui ont gardé les 2/3 de leurs positions inchangées sur les 3 dernières années au moins.

Les grandes idées investissement actions

INVESTIR EN ACTIONS SUR LE LONG TERME EST PERTINENT, mais le long terme est peut être plus long que vous ne l’auriez cru

Quand Jérémy Siegel, professeur à l’université de Wharton, a publié Stocks for the long run en 1994, le retour sur investissement des actions était acquis. En effet, le S&P 500 affichait des gains de 15% par an depuis 1982. Dans les années 1990, la performance était encore meilleure puisque les gains dépassaient alors les 20% par an. La voie de la prospérité semblait toute tracée : acheter et détenir des actions pendant 10 ans devait vous permettre d’atteindre l’indépendance financière. Nous savons tous ce qui s’est passé par la suite.

Pourtant, avec un taux annuel actualisé de 9,8%, les actions restent toujours la meilleure façon de battre l’inflation. Bien sûr, certains objecteront que les obligations d’Etat ont fait mieux récemment. Certes, mais le tout dans un contexte inédit et non reproductible de maintien artificiel des taux bas et sans compter le risque de faillite étatique de plus en plus avéré.

Si l’on se réfère à la base de données Ibbotson, les chiffres montrent que depuis 1926, le pire retour sur investissement procuré par les marchés actions a caractérisé la période 1999-2008 avec un taux annuel négatif de 1,4%. En comparaison, la meilleure période a permis d’empocher des gains annuels de plus de 20%. C’était entre 1949 et 1958.

La conclusion de tout cela, c’est qu’il vous faut très certainement reconsidérer la notion de long terme. Si vous prenez n’importe quelle période de 20 ans après 1926, vous obtiendrez un retour sur investissement supérieur à l’inflation. Votre stratégie d’investissement en bourse ne sera donc pas la même, selon que vous approchez de la retraite ou que vous vous lancez dans la vie active. De ce fait, il est généralement conseillé de ne pas détenir plus de 60% de votre patrimoine en actions. Il est même préférable de revoir ce chiffre à la baisse si votre retraite ne couvre pas vos dépenses.

LA DIVERSIFICATION MARCHE VRAIMENT, même si parfois vous n’en n’avez pas l’impression

La diversification consiste à détenir des investissements dont la corrélation est faible voire nulle. L’objectif étant que les gains cumulés de certains de vos actifs viennent compenser les pertes de vos autres actifs. Il est néanmoins devenu très difficile de trouver des classes d’actifs complètement décorrélés les uns des autres. Durant les 3 dernières années, de nombreuses classes d’actifs qui avaient pourtant historiquement un faible niveau de corrélation avec les indices boursiers – comme les matières premières et les SIIC – ont finalement commencé à évoluer dans le même sens. Certains ont ainsi crû y voir la fin annoncée de la notion de diversification.

Les faits restent cependant implacables. La réalité, c’est que la corrélation a tendance à se déplacer dans le temps, la conséquence étant qu’en période de crise, les actifs suivent grosso modo la même tendance MAIS prennent ensuite des chemins complètement différents : c’est ainsi que l’or a chuté comme les autres classes d’actifs en 2008 avec la faillite de Lehmann Brothers avant de reprendre sa marche en avant.

Vous ne devez pas perdre de vue non plus que même lorsque la corrélation entre vos différentes classes d’actifs est forte, il est très fréquent de constater des écarts de performance importants entre elles. Vous diversifiez aussi pour pouvoir tirer profit des meilleurs élèves de la classe dans différentes classes d’actifs.

Ainsi, sur les 10 dernières années, les fonds américains qui investissaient dans les grosses capitalisations sous évaluées ont enregistré un gain annuel de 2,6% alors que dans le même temps leurs confrères qui optaient pour les petites capitalisations de croissance faisaient près 9,8% de gains annuels.

VOUS AVEZ LE DROIT DE CHOISIR LA VOIE DE LA SÉCURITÉ, mais vous pourriez avoir à en payer le prix fort

Oui, les actifs à revenu fixe peuvent vous permettre d’éponger une partie de vos pertes en cas de retournement des marchés. Malheureusement, les taux d’intérêt sont à des niveaux historiquement bas. Lorsqu’en plus vous regardez dans votre rétroviseur, vous vous apercevez que depuis 1945, les obligations d’Etat ont procuré des rendements négatifs sur près de 20 années. (Source : base de données Ibbotson). Imaginons que vous possédiez des obligations d’Etat (OAT) à 10 ans qui vous rapporteraient environ 2%. Si le taux augmente de 1 point, votre obligation pourrait perdre jusqu’à près de 9% de sa valeur.

Indépendamment de ces calculs actuariels un peu barbares, il y a également peu de chance pour que le rendement procuré par les obligations d’Etat vous rapporte un seul centime comparé au taux d’inflation actuel. D’autant plus que le gouvernement a tout intérêt à laisser courir cette dernière pour réduire le coût de sa dette.

Ne sous-estimez jamais le pouvoir de nuisance de l’inflation : sur 20 ans, un taux d’inflation annuel de 3% est en mesure de réduire votre pouvoir d’achat de près de 50%, à revenu constant. La sécurité ne vous empêche pas uniquement de vous enrichir : elle vous appauvrit.

LA SANTE DE L’ECONOMIE IMPORTE PEU, ce qui compte c’est ce que font les entreprises

Vous ne devez pas perdre de vue que dans le contexte actuel de globalisation, le jeu favori des multinationales consiste davantage à tirer profit des économies en croissance que de se préoccuper des déboires des économies nationales. A titre d’exemple, les années 90 ont marqué une période de stagnation du PIB aux Etats-Unis alors que dans le même temps, les actions procuraient des gains substantiels. Plus récemment, les prévisions de revenus opérationnels des entreprises américaines ont été annoncées pour 2012 en hausse de 10,6%.

Comme le dit Richard Bernstein, le stratège en placement de la ville de New York :

Les gens oublient qu’ils n’achètent pas du PIB mais des actions d’entreprises, qui, elles, performent très bien à l’heure actuelle

Y a plus qu’à…

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8 Commentaires + Ajouter un Commentaire

  • Article très intéressant. Merci pour cette piqûre de rappel.

  • Très bon article nous rappelant les fondamentaux de l’investissement. Merci

  • Merci pour cet article. Il est toujours bon de rappeler dans cette tourmente que les actions restent une classe d’actifs intéressante. Et ceci est en fait d’autant plus vrai lorsque tout le monde panique.

  • Je ne crois pas que l’investissement long terme est mort. Je crois fortement à cette philosophie. Par contre, je crois que maintenant posséder une entreprise à la bourse durant 15-20 ans est devenu exception. Une compagnie, sur un si long laps de temps, devient justement ou surévaluée à un moment ou à un autre…. et c’est souvent le temps de vendre.

    Par contre, pour être présent sur les marchés boursiers aussi longtemps et sans soucis d’analyse, d’achat et de ventre de titre, la solution optimale est selon moi les fonds reproduisant les indices de marchés. C’est la meilleure méthode pour le commun des mortels d’être à la bourse et de faire mieux que la majorité et ce, sans tracas ni mauvaise émotion.

  • Salut Thibaud,

    Je viens tout juste de poster un commentaire sur un ton article au sujet du jeu sur le trading en mentionnant Robert Kiyosaki et je vois maintenant que tu le connais aussi ;-)

    Ton article est très intéressant et je vais justement publier sur mon blog un article en relation sur les avantages et les inconvénients d’investir sur du court ou du long terme. Je reviendrai ici quand il sera publié pour en faire profiter tout le monde.

    Ben

  • Cet article est plein de bon sens, même si à l’encontre du sentiment dominant de la foule…
    Mais c’est en étant contrarien qu’on s’enrichit…et l’investisseur contrarien orienté long-terme qui sait prendre un peu de recul peut entrevoir aujourd’hui d’une part une valorisation attractive des actions européennes, et d’autre part un début de bulle obligataire (taux nominaux très bas, taux d’intérêts réels négatifs)

  • Bonsoir,

    Je m’appelle Sovanna Sek, auteur du blog financier GenY Finances et ingénieur BTP dans la vie professionnelle dont c’est la première fois que je commente un de tes articles.

    En Bourse, le long terme signifie à l’heure actuelle entre 1 et 6 mois, à l’opposé du cycle de l’économie réelle donc on peut se dire la stratégie buy and hold est révolue. Pour ma part et de nature contrarien, je ne pense pas car il y aura certaines entreprises cotées qui s’adapteront et résisteront durant les périodes de récession à condition d’être sélectif.

    Par ailleurs, pour réussir en Bourse, il faut essayer dans ses décisions d’investissement d’anticiper les thématiques du 21ème siècle qui seront difficiles à ignorer : croissance démographique, vieillissement de la population, réchauffement climatique, crise monétaire et des dettes publiques.

    Cordialement,

    Sovanna Sek de GenY Finances.

    Me suivre sur Twitter :

    http://twitter.com/Sovanna_Sek

    • Bonjour Sovanna et merci pour ton commentaire.

      J’ai découvert ton profil d’investisseur sur ton blog et je pense effectivement que nous avons des philosophies d’investissement assez similaires.

      Les années à venir seront certainement lourdes des enjeux que tu cites. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de s’intéresser à des entreprises avec une bonne visibilité sur leur marché et des fondamentaux solides.

      A bientôt et bonne chance pour ton blog,

      Thibaud

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